Vous dégusterez peut-être dans quelques jours le fameux agneau de Pâques. Mais connaissez-vous le quotidien intense des familles paysannes derrière ce plat de fête? Reportage à la Bergerie du Prareman, à Enney (FR) en Gruyère, une exploitation IP Suisse atypique au pays des vaches laitières.
Aux mois de septembre, février et mars, la famille Bajrami vit jour et nuit au rythme des agnelages: Maurane et Malik veillent 24 heures sur 24 au bon déroulement des mises bas et à la santé des jeunes agneaux, nourris naturellement au lait de leur mère à 800 mètres d’altitude dans la vallée de l’Intyamon. Cette région, aux pâturages verdoyants «entre les monts», est connue loin à la ronde pour sa production fromagère traditionnelle. A contre-courant, le couple s’investit corps et âme dans l’élevage de moutons sur son exploitation de 37 hectares.
«Le record se monte à 18 naissances en une journée»
«C’est une passion depuis vingt-cinq ans», confie Malik, qui a transmis son enthousiasme à sa complice Maurane et à leurs trois petites filles. Et il en faut pour veiller sur un cheptel de 300 mères, en pleine période d’agnelages.
Agneau de Pâques: beaucoup de surveillance
Toutes les deux heures au moins, jour et nuit, une personne fait un tour dans la bergerie, aménagée dans l’ancienne étable attenante à l’habitation. «Les nombreuses mises bas demandent beaucoup de surveillance. Nous contrôlons que les petits soient positionnés dans le bon sens, qu’ils sortent bien, puis nous leur désinfectons le nombril.»
«Nous faisons tout pour faire ressortir l’instinct maternel des brebis»
Ensuite, il faut encore s’assurer qu’ils se lèvent correctement et tètent leur mère pour ingérer le colostrum, rempli de l’énergie et des anticorps nécessaires à leur survie. Dans les cas où l’allaitement n’est pas possible, par exemple lors de grossesses multiples, de mammites ou de rejet de l’agneau par la mère, le lait de chèvre peut remplacer celui des brebis.
Nombreux croisements
En fonction de leur race, les agneaux sont ensuite engraissés en moyenne six mois, jusqu’à dix mois à la période d’estivage. Malik détaille sa philosophie : «Je recherche une race fonctionnelle et un agneau qui se finit facilement à l’herbe, quitte à ralentir sa croissance, pour ne pas lui donner trop de céréales à acheter en-dehors de l’exploitation.»
Les mâles, de lignée pure, sont croisés avec des femelles de races à viande comme le Charollais, le Berrichon du Cher, le Texel, le Vendéen ou l’Engadine. «Les brebis rustiques offrent beaucoup d’avantages: des périodes de chaleur plus longues, une grande taille avec de bons agnelages, des agneaux plus grands, davantage de lait, et pour finir un engraissement plus rapide qui donne des carcasses lourdes.»
Plus-value des labels pour l’agneau de Pâques
La Bergerie du Prareman cherche toujours à évoluer et emploiera pour la première fois son propre berger à l’alpage cet été. Pour la famille, ne dépendre de personne représente une vraie fierté. Son travail soigneux en collaboration avec l’abattoir des Moulins est récompensé par les labels Terroir Fribourg et Produit des parcs suisses du Parc naturel régional Gruyère Pays-d’Enhaut, valorisés pour la vente directe: de la viande fraîche, des steaks hachés, des saucisses à rôtir, des saucisses sèches et des merguez d’agneau sont disponibles sur commande.
Et, surtout, la certification IP Suisse lui ouvre les portes de la grande distribution auprès de la Migros sous la marque Terra Natura. Les éleveurs se félicitent de ce débouché sur le long terme: «La relation se passe très bien. Nous livrons les agneaux à l’abattoir d’Orbe tous les quinze jours pendant la grosse période.» Les engagements IP Suisse, avec des sorties régulières en plein air et une alimentation naturelle, permettent d’obtenir 0,70 cts/kg (poids mort) supplémentaire.
Coûts élevés de l’élevage
Cette plus-value reste la bienvenue, dans un secteur aux coûts élevés. La tonte se fait aussi deux fois par an par un professionnel, en janvier avant les agnelages et en juin avant la montée à l’alpage.
«L’élevage de moutons entraîne beaucoup de frais, comme le vaccin contre la langue bleue, les vermifuges ou les clôtures»
«Elle favorise la propreté des brebis et permet de mieux voir leur mamelle pour la tétée», décrit Malik Bajrami. La famille trie et vend ensuite cette laine suisse destinée au rembourrage de meubles ou à l’isolation. «Nous faisons ce choix avant tout pour des questions sanitaires et éthiques», conclut-il.
Cet article est paru dans le supplément agricole de Terre&Nature le 26 mars 2026
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